Hip-hop camerounais : le net a payé

Hip-hop camerounais : le net a payé

Le hip-hop Kamer doit beaucoup d’argent à beaucoup de monde. Depuis Benjo Style (premier artiste à avoir sorti un album de rap au Cameroun), des milliers d’hommes et de femmes se sont donnés flow et textes pour cette culture sans jamais faire bonne récolte. À tous ces rappeurs, chanteurs, tagueurs, beatmakers, réalisateurs, animateurs, kiffeurs, tous ces « bantou negrissim » à l’ « aksang grave » qui, d’African Logic à Deido-plage se sont battus comme des Krotal pour que le hip-hop vert-rouge-jaune sorte du noir, big up !

La facture est salée, mais ça y est, le recouvrement a commencé. Même ceux qui n’ont jamais mis ni les pieds ni les oreilles au Cameroun le savent, le hip-hop du bled est en pleine expansion. Une ascension fulgurante dont le point d’orgue est peut-être la victoire historique du rappeur Stanley Enow aux MTV Africa Music Awards en 2014 grâce à des votes sur internet, devant toute l’industrie musicale africaine et internationale. 2 ans plus tard, Franko a lui obtenu 4 nominations aux MAMA, grâce au succès intersidéral de sa chanson « Coller la petite » dont le clip frôle les 50 millions de vue sur Youtube, en faisant un des dix clips africains les plus regardés de l’histoire du réseau social. Jamais des artistes de hip-hop camerounais n’avaient bénéficié d’une telle exposition à l’étranger.

Boudé par les médias traditionnels, le hip-hop « Kamer » s’est retrouvé presque condamné à être diffusé sur le web, un mal pour un bien. Avec l’explosion des réseaux sociaux, internet est tout simplement devenu le cheval de Troie de la musique, le média ultime, offrant la possibilité incroyable de toucher de chez soi la terre entière ! Tu peux poster gratuitement un clip sur YouTube de n’importe quel cyber café de Deïdo et être vu la seconde d’après à Pékin, alors qu’hier il était difficile de toucher un gars de Douala en étant à Edea. Toute la génération 2.0 camerounaise s’en donne à coeur joie, des milliers de chansons sont publiées chaque mois sur Soundcloud, youtube, deezer et iTunes notamment, la gloire est au bout du clic…

Sur internet on peut gagner de l’argent, mais aussi considérablement accroître sa notoriété. À cause de l’effondrement de l’industrie du disque, les concerts et les contrats publicitaires sont devenus essentiels à la rémunération des artistes. Au Cameroun, depuis 4 ans, nombre d’entre eux sont devenus ambassadeurs de grandes marques, des signatures qu’ils doivent à une popularité acquise en partie grâce à internet.

Évidemment, le web ne fait pas tout, il faut remercier les médias locaux et internationaux qui soutiennent notre musique et aident à la répandre. Néanmoins, chapeau à ceux et celles qui, malgré un taux de pénétration d’internet très faible au pays ont réussi à l’intérieur comme à l’extérieur à tisser leur toile.

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